Texte du 16 juin 2024
Son premier cri m’a sortie de moi.
Sauvage, instinctif. La glotte s’est agitée. Il fallait crier. Dans mon ventre, les boyaux se sont tordus. Réveillés par le cri. J’aurais voulu hurler encore plus fort que lui, racler ma gorge dans un éclat rauque, venir au monde par la bouche. Prévenir les autres. Son cri, c’était mes entrailles.
Je n’avais pas encore vu son visage, ni la forme de son crâne mou. La vie a simplement commencé par ce hurlement. Elle commence comme ça, par un son, un râle de douleur. Un bébé en souffrance, et une mère qui braille de tout. Instants à venir, trou béant que forme son corps, et sa vie, bientôt.
Et puis on me l’a déposé. D’entre mes jambes, j’ai vu cet amas de peau bleutée, gluant et humide, volant vers moi. Il a surgi. C’était un acte d’apparition soudain. Une immédiateté. Dans la douleur, on finit par oublier pourquoi on est là. Je me suis souvenue.
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